À M. Pierre Sané,
Secrétaire général d'Amnistie internatinale

1.
1998 sera-t-elle une année marquante pour les droits fondamentaux des femmes?

Amnistie internationale a publié en début d'année un nouveau rapport qui examine les raisons pour lequelles, jusqu'à  récemment, les Nations unies se sont peu intéressées aux droits fondamentaux des femmes. Ce document traite également des faits importants qui ont eu lieu depuis la Conférence mondiale sur les droits de l'homme (1993) et la quatrième conférence mondiale sur les femmes, à  Beijing (1995).

Nos attentes ne pourront être satisfaites que si l'ONU fait le nécessaire en 1998 pour que les droits fondamentaux des femmes soient respectés, et les gouvernements honorent leurs engagements à  l'échelle nationale et internationale.
Dans cette optique, le rapport formule plusieurs recommandations à  l'intention des gouvernements et des Nations unies, entre autres:

- l'adoption des mesures visant à  ce que les normes et les mécanismes relatifs aux droits de la personne humaine prennent davantage en compte les droits fondamentaux des femmes, tant au niveau national qu'international;

- la réforme des Nations unies en ce qui concerne le rôle du Haut Commissiare pour les droits de l'homme; la ratification des traités relatifs aux droits universels de la personne; la nomination de femmes spécialistes des drots fondamentaux; l'intégration du principe d'égalité des sexes dans le projet de cour criminelle internationale; l'utilisation d'un langage prenant en compte le sexe des personnes concernées.

Changement d'expression
Par ailleurs AI a décidé qu'à  partir de maintenant l'utilisation de l'expression "droits de l'homme" sera remplacée dans touts ses documents par "droits humains" ou, selon le contexte, par "droits de l'être humain" ou "droits de la personne humaine". Le secrétaire général Pierre Sané ainsi que des représentants de la section française et des Éditions francophones (EFAI) doivent approcher l'Académie française pour plaider en faveur de l'adoption d'une terminologie prenant en compte le sexe des personnes.

Agir, mars 1998, p.17.

2.
Pour le courrier du lecteur, revue Agir

Alma, le 3 juillet 1998

Monsieur Pierre Sané
Secrétaire Général

Monsieur le Secrétaire,

En tant que membre d'Amnistie internationale, organisation vouée à  la défense des droits fondamentaux, je vous prie de bien vouloir faire cesser les mauvais traitements infligés par l'Organisation à  la grammaire et au vocabulaire de la langue française.

En effet, dans le numéro de mars 1998 de la revue "Agir", p. 17, on puvait lire:

- AI a décidé qu'à  partir de maintenant, l'utilisation de l'expression droits de l'homme sera remplacée par droits humains, ou, selon le contexte, par droits de l'être humain ou droits de la personne humaine.
Mais "droits humanis" et "droits de l'être humain", si je ne m'abuse, sont encore de genre masculin. Il faudrait plutôt dire, si l'on tient au féminin, "droits de l'entité humaine"; et "droits de la personne humaine" est innécesairement long et recherché, étant donné qu' "homme" est défini dans n'importe quel dictionnaire comme 1) être humain de sexe masculin;
2) qui est parvenu à  l'âge viril; 3) soldat; 4) ouvrier; et 5) l'espèce humaine. Aisi, l'expression "Droits de l'homme", où "homme" est pris évidemment dans le sens 5, n'exclue les droits des femmes, des enfants, des adolescents, des civils, des officiers ni des cols blancs.

- Le secrétaire général Pierre Sané ainsi que des représentants de la section française et des Éditions francophones (EFAI) doivent approcher l'Académie française pour plaider en faveur de l'adoption d'une terminologie prenant en compte le sexe des personnes.

Dois-je comprendre que, si les Nations unies vous écoutent, le titre de "Son Excellence" sera dorénavant reservé aux ambassadrices, et que nous devrons écrire aux ambassadeurs en les appelant "Son Excellent"? Ou que l'on devra dire "un" sentinelle et "la doctoresse" Lucille Tisdale?

Pour ces raisons je vous prie, Monsieur le Secrétaire, au nom de la crédibilité de l'Organisation, de lui épargner le ridicule d'une telle démarche et de ne pas l'engager dans une lutte pour la réforme de la langue qui n'est pas de son mandat.

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Secrétaire, l'assurance de mon profond respect,

Higinio García

[Non publiée dans Agir]

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